J’ai peur que l’enseignante de mon fils ne soit pas bienveillante…

Lorsque l’on essaie de pratiquer l’éducation positive, il est parfois difficile de confier ses enfants à d’autres personnes qui n’ont pas la même philosophie d’éducation. En cette période de rentrée, il n’y a pas que les enfants qui ont des angoisses. Est-ce que ça ne va pas faire du mal à mon enfant s’il est puni ? Comment je peux convaincre la maitresse de faire autrement ?

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Biensûr, il serait plus facile pour tout le monde si nous avions les mêmes principes éducatifs tout autour de l’enfant. Mais ça n’est pas toujours possible, pour diverses raisons. Je fais partie des mamans qui n’ont jamais eu le choix de scolariser mes enfants dans une école alternative, bien que ça aurait été mon souhait premier, aussi j’ai longuement exploré les stratégies qui permettent que ça se passe bien quand même.

Explorer nos peurs … et notre vécu d’élève

De quoi avez vous le plus peur ?

Avant de lire la suite, répondez sincèrement à cette question. De quoi avez vous le plus peur pour votre enfant à l’école? Si vous le pouvez, écrivez ce qui vous fait peur sans réfléchir ni vous censurer.

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Avez-vous peur que l’école casse la joie de vivre de votre enfant ? Son gout pour la découverte ou l’apprentissage ? Sa confiance en lui ? Peut être l’année dernière votre enfant revenait il plein de stress car l’ambiance de la classe était délétère et stressante ? Est-ce plutôt la violence dans la cour qui vous embête ? La plupart des personnels de l’éducation aiment vraiment les enfants. Certains, pourtant, ne se rendent pas toujours compte de la portée de leur parole ou de certains actes, ou au contraire de leur inaction face aux enfants, c’est vrai.

Parfois, il y a vraiment besoin de protéger nos enfants en agissant auprès des personnels de l’éducation, et c’est notre rôle aussi. Dans de nombreux autres cas, pourtant, j’ai observé que le problème n’est pas toujours là, enfin le problème existe mais il n’est pas insurmontable pour les enfants. Dans de nombreux autres cas, c’est notre enfant intérieur, celui qui a longuement fréquenté l’école, et peut être pas toujours de façon agréable, qui s’exprime, surtout en début d’année ou avant la rentrée. Il est quand même coquin, cet enfant intérieur… il se cache bien, mais se montre dès que nos enfants vivent des situations similaires aux nôtres. Du coup, parfois quand notre enfant se fait réprimander, nous n’arrivons pas à être vraiment à l’écoute de ce que vit réellement notre enfant, de ce qu’il s’est passé réellement. Parce que notre enfant intérieur prend toute la place, et nous fait croire que notre enfant vit la même chose que nous avons vécu, et du coup nous partons en mode justicier rendre à l’école ce qu’elle nous a fait… et ça ne fonctionne jamais très bien. Du coup, avant la rentrée, c’est lui aussi qui peut se manifester.

Alors, comment vous sentez-vous face à l’institution scolaire, face à un enseignant ? Avez-vous gardé des blessures infligées par certains enseignants ? Comment était l’apprentissage pour vous ? La situation de groupe-classe ? Il est utile de se poser cette question quand nos enfants entrent à l’école, et de se la reposer régulièrement. Oui, maintenant 🙂

Avez-vous tendance à penser que votre enfant risque de vivre les mêmes choses que vous ?

Avoir confiance en mon enfant

Ce qui est le plus important pour votre enfant, c’est votre confiance en lui. Plus il sent que vous le sentez capable, plus il le sera. Votre enfant a des capacités d’adaptation inouïes, comme tous les enfants. S’il vit des choses difficiles, il sait que vous êtes là pour l’aider, et vous en parlera à sa façon d’une manière ou d’une autre. Faites lui confiance, il en a besoin. Il est encore petit, et il a besoin de votre confiance pour apprendre à se sentir grand. Il va faire des expériences, certaines très agréables, d’autres moins. Il en apprendra beaucoup, si vous êtes en confiance. Si vous êtes à son écoute, à l’écoute de son ressenti à lui, même différent du votre, il n’en gardera que ce qui le fera grandir. Ce qui compte pour les enfants, c’est que leur parent écoute leurs émotions et les aide à répondre à leurs besoins, y compris le besoin d’attention.

Si au contraire vous le jugez petit, vulnérable, s’il vous sent en proie à de la peur de le laisser seul face à un autre adulte, il aura plus de mal à s’adapter. C’est comme si vous lui  demandiez de confirmer votre peur… du coup il ne pourra pas être naturel dans son environnement scolaire. Si vous êtes en colère à l’égard de l’école, votre enfant n’aura pas d’autre choix que de vous rapporter ce qui ne va pas dans ses journées… pour ne pas être déloyal avec vous. Même si au fond ça se passerait plutôt bien. Vous pouvez être en désaccord avec l’enseignant sur certains points, ça arrive souvent, et être malgré tout serein : votre enfant a la chance de vivre des choses différentes à l’école et à la maison qui lui permettront de choisir, de connaître autre chose.

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Je ne dis pas qu’il ne faut pas changer l’école, loin de là. Il y a de nombreuses choses à améliorer, c’est certain. Néanmoins, en tant que parents, c’est un exercice difficile que de vouloir révolutionner l’école de son enfant. Il vaut mieux agir à une échelle plus large si vous sentez le besoin de faire bouger les choses, tout en soutenant votre enfant.

Établir une relation de qualité avec l’enseignant quelles que soient ses méthodes éducatives

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La priorité en début d’année est d’établir un bon contact avec l’enseignant de votre enfant. Parce que quand un problème aura éventuellement surgi, il sera trop tard pour le faire dans de bonnes conditions. Observez sa façon de travailler, ce qu’il met en place. Remarquez ce qu’il met en oeuvre pour faire progresser les enfants. Allez le voir dans le 1er trimestre pour lui poser des questions, explorer sa façon de travailler, échanger sur le vécu de votre enfant en vous plaçant dans une optique de co-éducation : vous êtes partenaires autour de votre enfant, avec des rôles différents. Vous connaissez de nombreuses choses de votre enfant depuis sa naissance. L’enseignant, lui l’a observé dans un autre contexte, dans un groupe-classe et en situation d’apprentissage formel, avec peu de rapport affectif. Échanger vous permettra de confronter vos observations et de mieux comprendre ensemble ce qui aide votre enfant.

Peut être l’enseignant sera t il sur ses gardes (et parfois cela se traduit par une attitude fermée)… eh oui, les enseignants ont souvent peur du jugement des parents aussi ! Essayez d’écouter son point de vue, de souligner ce que vous avez observé de positif, de le remercier pour ses efforts. Essayer de comprendre sa position : travailler avec une classe entière est loin d’être simple, c’est un défi quotidien et une énergie démentielle à dépenser tous les jours. Non, les enseignants ne sont pas parfaits et oui ils ont des choses à apprendre. La difficulté, c’est que leur besoin principal est en général le soutien, alors ils n’apprécient pas du tout que des parents viennent pour leur dire ce qui ne va pas dans leur façon de travailler. Plus vous montrerez votre soutien, et plus ils se sentiront en confiance et vous aurez des échanges de qualité avec eux. Et plus ça sera le cas, plus en cas de problème vous pourrez établir un solide partenariat pour le résoudre ensemble.

Et si cela ne se passe pas bien en cours d’année, si mon enfant ne se sent pas bien à l’école ?

Avez-vous exploré les questions plus haut, et établi une relation de confiance avec l’enseignant? Oui ? Alors il est important d’aller voir l’enseignant en rendez-vous pour essayer d’y voir plus clair. Vous pouvez commencer par souligner les points positifs que vous avez observé, c’est important aussi. Puis vous pouvez décrire ce que votre enfant vous a rapporté, et ce que vous observez. Les mots-clés ici sont description et brièveté. C’est à dire être factuel et faire court. Ensuite, laissez l’enseignant exprimer sont point de vue et pratiquez l’écoute avec lui, c’est le moment d’appliquer vos connaissances en matière d’écoute active. Biensûr, cela suppose que vous ne soyiez pas vous même en colère à ce moment là, donc que vous ayiez en amont accueilli ce que vous ressentez peut être dans cette situation. Écouter l’enseignant, reformuler son point de vue, accueillir et nommer son ressenti à lui, sont les maîtres mots ici, en le faisant avec sincérité. Cela va vous permettre de comprendre son point de vue, de mieux comprendre la situation probablement, et de le rendre aussi plus à même de recevoir votre avis par la suite. Parfois, c’est difficile car l’enseignant va émettre une évaluation ou un jugement sur votre enfant (voire parfois sur vous-même). N’oubliez jamais qu’un jugement ou une évaluation sert toujours à masquer une émotion… Que votre enfant soit « perturbateur » ou « difficile » signifie simplement qu’il a un comportement inadapté en classe du point de vue de cet enseignant, et qu’il se sent impuissant à aider votre enfant à modifier la donne pour le moment. C’est tout. Lorsque vous aurez écouté et exploré avec lui, vous pourrez lui dire ce qui vous pose problème concrètement, et vous affirmer : certaines choses effectivement ne sont pas acceptables (celles qui ne respectent pas la loi par exemple ou portent atteinte à l’intégrité physique ou psychique de votre enfant), et pour d’autres, vous aimeriez que ça change (tout ce qui concerne les besoins physiologiques, les remarques qui brisent la confiance en soi de l’enfant, les choses qui lui rendent l’apprentissage et la vie scolaire difficile, par exemple). C’est important de le dire clairement, de décrire ce qui vous inquiète ou ne vous convient pas pour votre enfant , tout en affirmant votre volonté de trouver une solution ensemble. Je vous déconseille de  parler de façon générale (« il faut… ») ou « des enfants » (« les enfants ont besoin de respect… »), mais simplement de vous et de votre enfant : « Léo  est en train de perdre confiance en lui en ce moment et ça m’inquiète vraiment pour son avenir » ; « Léa n’arrive pas à se concentrer quand elle a envie de faire pipi, c’est vraiment un problème pour elle »…  Le fait de vous montrer actif pour rechercher des solutions qui permettent de respecter votre enfant ET l’enseignant ET le reste de la classe (ce n’est pas l’un ou l’autre) peut vraiment faciliter le dialogue et le changement.

Et si je suis convoqué par l’enseignant ?

C’est une situation difficile à vivre. Mais… ne vous rappelle-t-elle rien ? Comment vous sentiez-vous lorsque vous étiez convoqué par l’enseignant, quand vous étiez enfant? Nombre d’entre nous ont gardé en eux la trace de la peur voire de la terreur que pouvaient nous inspirer certains enseignants. Ces sentiments peuvent ressurgir quand nous sommes convoqués parce que notre enfant créée des problèmes en classe à l’enseignant. Souvent, il est nécessaire de se préparer à ce rendez-vous en recevant d’abord l’écoute d’une oreille bienveillante… faute de quoi nous adopterons inconsciemment une posture d’enfant, soumis ou rebelle, intérieurement.

Si l’enseignant vous convoque, c’est qu’il se sent impuissant à modifier lui même les choses (ce qui ne signifie pas qu’il n’a aucun pouvoir, mais c’est ce qu’il ressent). En somme, il a besoin d’aide. Là aussi, l’écoute active sera un outil très précieux, ainsi que le partage de vos observations et de ce que vous connaissez de votre enfant. L’enseignant sera peut être chargé d’émotions face à cette situation qu’il vit mal, et être écouté l’aidera déjà beaucoup. Vous avez le pouvoir de dialoguer avec votre enfant, vous êtes sa personne de confiance, mais certainement pas de modifier son comportement à distance car vous n’êtes pas en classe. En clair, le problème ne vous appartient pas, il appartient à votre enfant et à son enseignant. Vous êtes une ressource pour aider l’enseignant et votre enfant, mais vous n’avez aucun pouvoir de résoudre les choses à leur place. Punir votre enfant ou le priver de quelquechose peut être tentant, mais ne va pas aider votre enfant à apprendre de cette situation, et surtout cela brisera sa confiance en vous : la prochaine fois, il essaiera de vous le cacher, tout simplement. Vous pouvez recueillir le problème de l’enseignant et en discuter avec votre enfant – en dehors de la présence de l’enseignant –  pour l’aider à comprendre ce qu’il se passe pour lui en classe, pour l’aider à trouver d’autres solutions plus adaptées. Un comportement difficile est une façon d’exprimer quelquechose. Un enfant qui agresse ses camarades vit peut être des émotions difficiles à gérer pour lui. A nous de savoir écouter et décoder pour rendre le comportement inutile. A nous d’aider notre enfant à acquérir de nouvelles compétences  si c’est nécessaire, par exemple exprimer son mécontentement autrement. A nous d’identifier le besoin derrière le comportement difficile. Mais les solutions devront être élaborées et mises en pratique par notre enfant et son enseignant, en dehors de notre champ de vision. Notre enfant a besoin de notre soutien inconditionnel, même lorsqu’il dérape : nous lui faisons confiance pour réparer et pour trouver d’autres façons de fonctionner.

Faut il que les enfants soient présents lors des rendez-vous ?

Les avis sont divers à ce sujet. Souvent les enseignants veulent que les enfants soient présents afin que l’enfant comprenne enfin que son comportement est inadapté – car son parent est censé appuyer le discours de l’enseignant. Ce qui est ennuyeux, c’est qu’on se retrouve souvent à parler sur l’enfant devant l’enfant. Pour comprendre, imaginez par exemple que votre patron et votre conjoint se réunissent avec vous, et parlent de vous, de votre comportement dérangeant, devant vous… « Elle se perturbe ses collègues en plein milieu des réunions, elle ne fait pas son travail, je ne sais plus quoi faire, pourriez-vous lui dire d’arrêter? » Ce serait très désagréable et déresponsabilisant, n’est-ce pas? Aussi, par expérience, je trouve plus adapté que les enfants soient absents des réunions lorsqu’il s’y discute des difficultés ressenties par l’enfant ou l’enseignant. Il sera toujours temps de discuter avec votre enfant après coup de ce qu’il s’y est dit et des solutions qui peuvent être trouvées.

Nous sommes tous humains, nous avons tous à apprendre. Plus nous serons à l’écoute et dans le non-jugement, plus nous pourrons coopérer autour de nos enfants, ne l’oublions pas.

Belle rentrée à tous les parents !

PS : les ateliers Vivre et Grandir Ensemble comportent un module sur l’écoute, un module sur les besoins, un module sur la mémoire traumatique qui peut aussi s’appliquer à notre vécu scolaire, et un module sur l’apprentissage, qui sont utiles pour accompagner ses enfants dans leurs apprentissages et dans la relation avec les enseignants.

PS 2 : Si l’enseignant de votre enfant est ouvert et intéressé, je propose aussi de la formation professionnelle pour les enseignants pour les aider à accompagner les émotions, identifier les besoins des enfants, décoder les comportements difficiles en classe, favoriser les pratiques neuro-efficaces et aidant les enfants à être disponibles pour apprendre, et poser un cadre bienveillant.

 

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